J’aurais aimé être un éditeur !

Pourquoi aurais-je aimé être un éditeur ? Il est indéniable que je suis dans la deuxième partie de ma vie professionnelle, et donc qu’il est un peu tard pour que je me pose la question que nous posons classiquement à nos enfants : « Qu’est-ce que tu aimerais faire plus tard, comme métier ? ». L’exercice n’est pas forcément aussi futile qu’il n’y parait et je pourrais au moins me retrouver dans la paix et la sérénité pour avoir répondu à la question à la fin de mon parcours. Donc, pour reprendre le cours de l’histoire de mes études, puis de mes activités professionnelles, j’ai surtout le sentiment de m’être laissé glisser sur une ligne de plus grande pente que j’ai toujours appréciée. Une école d’ingénieurs, puis un secteur électronique enthousiasmant et des responsabilités variées dans l’espace et dans le temps. Donc, content ? Oui, sans aucun doute, même si je n’ai jamais répondu honnêtement à la question posée d’une possible vocation pour un métier ou un autre, pour secteur d’activités ou un autre. Tout cela suivait son cours, tranquillement, lorsqu’il y a huit ans, je me suis retrouvé virtuellement riche, du moins à la tête d’une potentielle somme qui m’aurait mis à l’abri du besoin pour le reste de mes jours, ou de mes responsabilités de père de famille. Je ne donnerais pas de détails, mais c’était suite à l’introduction en bourse de Gemplus qui valorisait mes options de souscription d’actions à des niveaux forts sympathiques. Virtuellement, puisque la crise des hautes technologies, m’a annihilé la totalité ou presque, dans les cinq mois qui ont suivi. Mais, je me suis retrouvé avec cet exercice d’introspection fort intéressant, qui consiste à hiérarchiser ses valeurs, ses intérêts dans la vie, ses envies et bien sûr, à prioriser ses projets professionnels. Alors, me vint tout de suite la lumière ; il me fallait reprendre une petite édition sur la place Parisienne et m’occuper dans ce milieu, sans la pression de la rentabilité pour élever une famille, sans lutter tout le temps pour une survie. Donc, le bon côté de l’édition, sans les embarras, les inconvénients. L’édition comme violon d’Ingres. Juste la joie de produire des beaux objets et du contenu intellectuel, artistique, promouvoir des émotions, faire partager des découvertes. Parce que je trouve attirant dans ce métier, c’est l’approche à la fois physique et intellectuelle. J’aime les livres, les sentir diraient certains qui connaissent mon goût pour les odeurs livresques ; j’aime les toucher, les ouvrir, les refermer, juste pour voir danser les lettres devant mes yeux. J’aime les polices de caractères, les choix de casse, de mise en page, les espacements entre les lettres, les paragraphes. Quelle merveille que de passer des heures à les choisir, d’investir tant de temps dans de tels détails qui paraissent tant futiles à d’autres ! Et puis, bien sûr, il y a les idées qui sont derrière, comme les causes des ombres Platoniciennes, elles inondent mes pensées et réjouissent mon intellect. Je vis en communion avec un auteur qui s’abstrait au dessus des autres, qui luttent avec ses arguments, qui partagent ses émotions et me laissent pantois ; les yeux dans le vague et les doigts qui glissent sur le papier.

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