Quelle sentait bon ma Normandie !

PENTAX ImageNous sommes le dimanche de Pâques 2014, qui tombe bien tard dans l’année, par une savante combinaison des lunes et du solstice ; un fruit de la partie « lunaire » de la cosmogonie Chrétienne. Nous sommes en Normandie, dans un canton rural, manifestation de ce que j’appelle « l’or vert », la nature retrouvée de nos campagnes devenues invisibles dans notre monde habituel. Ce que je ressens d’abord c’est justement les odeurs quand je sors de la voiture et ensuite que je fais quelques pas dans les champs de cette nature printanière. Je venais de lire un article de journal qui place notre sens de l’odorat comme un sens quasiment oublié, repoussé par des manières de vivre dites modernes, alors qu’il est sans doute le plus primitif. Il serait connecté à notre cortex inférieur, ou à cette partie de notre cerveau quasi instinctive. Je crois que je comprends le sens de l’article quand des effluves variés montent à cet instant dans toute ma tête, me replace dans des impressions, des souvenirs de tout petit garçon qui courait alors dans ces mêmes champs, flottant par toutes ces senteurs. Le sol d’abord, jamais complètement sec, recouvert comme une nappe de verdure qui va d’une herbe entretenue à des mousses envahissantes, sorte de gangues à toutes les pierres, les minéraux et les matériaux que l’homme a apporté sur cette terre pour la domestiquer. Comme la chromatine qui entoure les chromosomes pour leur permettre d’échanger avec la vraie vie naturelle, rien ne reste complètement artificiel sur cette terre Normande, et rapidement s’entoure d’un manteau vert ou verdâtre, sorte de pont entre l’inerte ou le minéral, et la flore … toujours odoriférante. Une fois que le nez s’est relevé depuis le niveau du sol, d’autres odeurs se propagent rapidement depuis les alentours, trahissant de plus grands végétaux et puis des animaux qui se tapissent derrière les haies des chemins creux. Notre cortex inférieur pouvait distinguer plus d’un milliard d’odeurs différentes, étant en ce sens plus performant que notre œil qui distingue environ un million de couleurs sur une palette. Je crois que je fais partie des animaux dégénérés qui ont perdu cette faculté de l’odorat, mais je comprends à ce moment-là que la puissance d’évocation des odeurs qui m’entourent est plus qu’inouïe, animale et fondamentale dans la construction de mes souvenirs profonds. Je m’arrête pour respirer longuement. Et des odeurs je reviens à l’écoute des bruits qui m’entourent, plus familiers et prédictibles.

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