L’Ile

Nous sommes allés voir un très joli film Russe appelé « L’Ile » au cinéma « Lincoln » à deux pas des Champs Elysées, et en famille réduite … seul Jean-Baptiste nous a accompagnés et ne le regretta pas ! Que nous sommes loin des super productions d’Hollywood et de leurs scenarii déjà tout ficelés, tous de la même veine ; et dont bien sûr nous saluons la grève des scénaristes depuis près de deux mois. Ainsi, il y aura plus de place pour le cinéma mondial et la vraie créativité artistique : dans quelques mois, nous pourrons assister à des projections de films intéressants et beaux, grâce à cette grève ! Cet aspect « Art & Essai » du film projeté ce soir, ne signifie pas qu’il soit réalisé sans moyens ; ils sont seulement mis au service de la qualité des images et des prises de vue, à la reconstitution de ce monastère Orthodoxe sur une île improbable dans les froideurs de l’océan Arctique. Car nous ne sommes pas dans l’exubérance des couleurs, loin de là, avec un hiver quasi permanent, de la neige, du lichen , admirablement filmé qui semble vivre devant la caméra, comme frissonnant à chaque rayon d’un soleil subtil. Le déroulé du film n’est pas si important et son histoire n’est que prétexte ; je ne raconterai pas l’histoire, mais la connaitre n’est pas rédhibitoire car l’intensité dramatique n’y est pas liée et un quasi « Happy End » y serait presque incongru. Le point de départ se situe dans les quelques premières minutes du film et toute la réflexion s’en nourrit pendant le reste de la projection. Un peu comme le tas de charbon sur lequel le Père Anatoli continue de vivre et de se chauffer trente-quatre années après le drame. Ce servage du charbon et cette quête continue de chaleur représente la bataille qui se livre dans le cœur du Père Anatoli qui veut à tout prix chasser les démons et trouver le pardon de ses péchés. Il fait participer son supérieur de la congrégation à cette chasse aux démons, dans l’une des scènes tragicomiques de l’histoire, où le père supérieur ne saura que remercier son frère Anatoli de l’avoir libéré des objets qui lui encombrent sa prière et sa relation à Dieu. Magnifique interprétation de l’acteur qui serait un participant d’un groupe de Rock Russe et qui personnifie si bien la prière du cœur des Orthodoxes, celle qui les relie au Judaïsme par la répétition et les mouvements du corps. Incroyable réflexion sur le pardon, qu’on donne, qu’on reçoit et sur lequel le temps n’a ni prise, ni érosion. La vie doit abandonner le superflu et reprendre son sens, non dans la seule contemplation … les va-et-vient incessants de la brouette de charbon du Starets Anatoli sont là pour nous le rappeler.

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