Ce matin, j’écoute Victor Malka, dans son émission de la communauté Juive sur les ondes de France Culture, aux alentours des neuf heures et quart. J’écoutais Victor Malka il y a déjà plus de vingt ans, et j’aime toujours me lever suffisamment tôt pour descendre en pyjama et synthétiser l’émission en buvant mon premier café au lait du matin. Aujourd’hui, l’invité est un professeur d’économie à l’école Centrale de Paris. Il a écrit un opuscule sur la manière de concevoir le monde non-Juif, par des Juifs. L’ensemble n’est pas du plus grand intérêt, au contraire de Dimanche dernier, quand le thème était les tribus Juives perdues de Mauritanie et du Sénégal ; lieux où les empreintes Juives sont encore parfois palpables même si plus aucun d’entre eux ne vit sur ces territoires depuis deux ou trois siècles. A un moment, l’invité de Victor Malka retrace les hésitations du peuple Juif, dans son histoire, entre la vie de fermiers et celle de bergers, entre les sédentaires et les nomades. Depuis, les premiers frères de l’humanité, Caïn et Abel, l’un étant un fermier et l’autre un berger ; depuis cette époque, depuis le début, la rivalité s’est faite jour. Israël a quitté la vie nomade de Chaldée avec Abraham pour s’installer en Palestine, puis l’Egypte où le peuple s’est sédentarisé. Il a ensuite quitté cette vie, pour reprendre son caractère nomade et un jour revenir en terre promise. Depuis dix neuf siècles, l’errance est de nouveau l’apanage du peuple Juif. Dans les entreprises, c’est la même chose, avec d’un côté la Production, la sédentarité et la défense des moyens de production, vis-à-vis des Ventes, qui se tournent vers l’extérieur, qui veulent conquérir des territoires nouveaux, inconnus. Cette rivalité entre Caïn et Abel est actuelle, elle dépasse les cultures et nous invite à une synthèse impossible que le peuple Juif n’a pas su faire, avec ceux qui depuis cinquante années sont revenus s’installer à Jérusalem. Un peu plus tard, je m’aperçois que l’invité est doctrinairement opposé à la mondialisation, à celle des cultures, des langues. Il fait cette déclaration facile, déjà entendue, où il cite les esquimaux qui ont vingt mots pour désigner la neige, et les Français qui en ont aussi vingt pour désigner le vin ; lorsqu’ils se rencontrent, ils ne pourront que communiquer avec les deux mots : « snow » et « wine ». C’est déjà cela ! c’est le rôle ingrat de la langue de communication internationale.