Des bantoustans de privilégiés, ou la mondialisation sans limites ?

L’actualité depuis une dizaine d’années, nous rappelle ô combien difficile est la réponse à ces questions. Que partager ? Entre qui, et pour qui ? Au nom d’une obligation ardente de solidarité qui puiserait sa raison d’être dans une loi naturelle, ou dans une morale religieuse ? Les premières fractures sont apparues dans des pays à peine unifiés, comme l’Italie, où le Mezzogiorno n’a jamais réussi à rattraper le niveau de la richesse des provinces du Pô. Aujourd’hui, après des centaines de milliards dépensés par les autorités Italiennes, et même Européennes, le fossé économique entre l’Italie du Sud et celle du Nord, ne cesse d’augmenter ; ainsi que les succès électoraux de la Ligue du Nord, ouvertement séparatrice, au moins pour la solidarité économique. Pourquoi nier également que les tentations d’indépendance de la « Generalitat » de Catalogne, ne sont pas seulement culturelles avec certes la défense d’une langue et la peur de se soumettre à des vagues d’immigrants, hier d’Andalousie, aujourd’hui d’Amérique Latine ? En réalité, comme le pays Basque, et avec d’autres moyens, la Catalogne veut seulement arrêter de payer pour des provinces, des régions, qui se complaisent dans l’assistanat et ne peuvent pas, ou ne veulent pas, décoller économiquement. « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde ! » avouaient même les dirigeants socialistes il y a quelques années en France. « On ne vit pas de la même manière avec un euro en poche, à Dakar ou sur le pavé Parisien », rétorquent d’autres. C’est très juste, mais, c’est les manques et les privations qui ont toujours poussé les populations à se déplacer, à prendre des risques et à pousser d’autres populations à partager des richesses, par la justice ou par la force. Avec des transports plus faciles, avec des informations qui sont devenues immédiates, il n’est plus aussi facile de vivre cachés, dans son confort, sans que la pression ne monte de la part de ceux qui manquent de tout. Les bantoustans de privilégiés sont-ils viables sur le long-terme ? La Ligue du Nord peut-elle éviter de partager avec les Italiens du Sud ? L’Espagne officialiser ce qu’elle devient, « Les Espagnes » ? Et la France fermer hermétiquement ses frontières avec l’Afrique qui l’envahit et la transforme chaque jour ? Le monde avait déclaré que ces replis sur sa culture, sa langue, sa richesse, étaient immoraux dans l’Afrique du Sud des années soixante à quatre-vingt ; à juste titre, car tout cela était accompagné de lois souvent bêtes et injustes. Mais, c’était un peuple qui voulait vivre séparément, collaborant sur des processus économiques, mais ne partageant plus rien comme une nation. Nous faisons la même chose, lorsque nos chaussures ou nos chemises sont fabriquées au Vietnam et que nous ne nous soucions pas de la misère ou des conditions de ces ressortissants. Le monde a déclaré que les bantoustans de privilégiés étaient illégaux en Afrique du Sud, et ils le seraient en Suisse, ou en Catalogne ? C’est un dilemme, une interrogation face à la mondialisation et aux peurs qu’elle engendre. L’Afrique du Sud tient sur un fil, depuis quinze ans, un miracle, comme un laboratoire de ce que serait un monde sans bantoustans, où tous les hommes encore misérables partagent les mêmes droits, avec ceux qui ont accumulé des privilèges depuis des générations. Regardons l’Afrique du Sud, observons ce laboratoire, prions pour que les équilibres fragiles ne soient pas menacés, car c’est en miniature ce qui attend le monde, dans une mondialisation forcenée, rapide, sans frontières et sans bantoustans pour se regrouper et se défendre, qu’ils soient contraires à toute morale, ou non.

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