Rio … Riyad …

IMG_20131117_215841Rio … Riyad … à une semaine d’intervalle, je visite deux villes qui affichent des styles complètement à l’orthogonal. Dans une première approche, ce sont les oppositions qui sautent aux yeux, évidentes, criantes, et ce n’est que dans un deuxième temps que certains aspects pourraient rassembler quelque peu ces deux mégapoles. Rio possède près de dix millions d’habitants dispersés, en cette fin de printemps austral, dans une géographie unique constituée de collines escarpées, laissant parfois échapper des langues de sable fin qui forment les plages mythiques de Botafogo, Copacabana, Leblon et Ipanema, toutes surplombées par le Corcovado, le Christ rédempteur qui étend ses bras. Riyad quant à elle a vu sa population approcher les cinq millions d’habitants regroupés sur ce lieu désertique, juste plat. Il y fait une température assez clémente à l’aube d’un hiver septentrional, et le sable est surtout craint quant il tourbillonne et rentre dans les yeux à l’occasion d’un vent de sable. La population à l’extérieur des logements a des habitudes vestimentaires et une manière de se comporter vis-à-vis des autres qui ne peuvent être plus opposées. A Sao Sebastiao do Rio de Janeiro, le culte du corps, entretenu et montré avec souvent la plus complète désinhibition est partout ; les Cariocas courent, s’entrainent, se sculptent des anatomies souvent artificielles, pour paraitre et pour s’amuser. A Riyad, nous sommes dans un vaste jeu d’échec, avec les blancs et les noirs ; longues djellabas blanches pour les hommes couverts de leur keffieh et parures noires couvrant intégralement les femmes à l’exception de la fente pour leurs yeux. On ne peut voire une plus grande opposition dans ces tenues vestimentaires qui traduisent aussi les styles de vie afférents : En quelques jours, je n’aurais pas entendu le son de la voix d’une Saoudienne, car elles seront restées muettes dans leurs promenades dans les centres commerciaux. Il me faudra alors penser aux aspects technologiques justement pour voir dans ces deux puissances émergentes une raison de croire à des traits communs : appétit pour l’adoption et l’usage de ces technologies et un consumérisme débridé que leur a légué notre monde occidental, pour le meilleur ou le pire.

Mouettes et cigales

 

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Nous sommes à Rome, une ville étonnante à plus d’un titre … mais je ne vais pas essayer de rajouter mes propres superlatifs à ceux de commentateurs plus avisés que moi. Toutefois, l’un des éléments que je vais mettre en avant est à la fois tout simple et pourtant incongru. En été, Rome est l’une des seules villes que je connaisse où vous pouvez entendre le cri des mouettes dans la matinée et le son des cigales dans l’après-midi. Deux atmosphères bien distinctes pour nous français qui affectionnons ranger nos habitudes dans de sympathiques petites boites ; la mouette est liée à notre façade Atlantique et la cigale ne se conçoit que dans son univers méditerranéen. Il y a évidemment des exceptions avec le Pays Basque et les avancées que font les mouettes de plus en plus à l’intérieur des terres. Suite aux grandes tempêtes de l’année 2000, il était devenu courant d’entendre les mouettes à Rennes, ville pourtant bien éloignée des côtes que fréquentent habituellement ces drôles d’oiseaux aux cris si caractéristiques. Une atmosphère de bord de mer, devient alors presque dérangeante, car pendant la saison de nichage, surtout au moment où les petits quittent le nid, les parents se comportent d’une manière très bruyante et agressive pour protéger leurs familles. Il est six heures du matin, il fait chaud, les fenêtres de vos chambres sont ouvertes pour guetter le moindre d’air et ce sont des expériences acoustiques que vous n’anticipiez pas qui vous tirent de vos léthargies Romaines. Plus tard dans la journée, il vous faut alors rejoindre votre lit pour une sieste réparatrice derrière les persiennes soigneusement refermées. Vous allez alors vous endormir … lorsque les cigales, telles un orchestre symphonique qui chercherait son accord, s’interpellent puis se trouvent pour aligner leur son inimitable. Le chant des cigales est exclusivement produit par le mâle pour se faire remarquer des femelles … et malheureusement aussi des prédateurs ! Honnêtement, je ne vais vous en dire beaucoup plus, car le son des cigales définitivement accompagne mieux le sommeil et je me suis chaque fois endormi sans terminer mes pensées sur cette alternance loufoque entre mouettes et cigales.

La destination universelle des biens

 

destinationCe midi, je déjeune avec un client qui nous vient du Maroc, un pays avec lequel nous travaillons beaucoup en ce moment. Il parle avec beaucoup d’enthousiasme, montrant l’importance pour lui des politiques, des intellectuels qui s’agitent en France, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. A un moment, il me confie sa fascination pour le personnage d’Henri Guaino, ce qui est assez rare dans les milieux franco-français, surtout dans le sillage des grandes batailles à peine terminées contre le « mariage pour tous ». Commentant ses discours sur les inégalités, mon interlocuteur se dit séduit par les positions d’Henri Guaino sur la destination universelle des biens, qu’il associe assez clairement à une position d’inspiration écologique. Je me sens un peu obligé d’intervenir et de préciser les origines de ce concept ! Pour ne pas le corriger trop brutalement, je parle d’abord un peu du commandant Cousteau pour faire la transition avec l’écologie: là, je fais mouche sans aucune difficulté car le marin au bonnet de laine rouge garde une image à l’international presque plus forte et respectée que dans propre pays. Ensuite, je mentionne l’origine des thèmes sur la propriété et sur la destination universelle des biens créés comme provenant des « religions révélées » par courtoisie envers la religion que professe mon interlocuteur ; je n’en suis pas si sûr, mais la transition avec un Dieu créateur me parait évidente et je me réfugie rapidement sur la doctrine de la religion Catholique que je lui reconnais connaitre mieux que les autres. Mon invité est encore toute ouïe, et me m’essaye alors à passer à l’affirmation d’un nécessaire équilibre entre le droit de propriété, intouchable car il fait partie du droit naturel, et la fameuse destination universelle des biens, au sens que « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la Création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité ». Les propriétaires ont des responsabilités et le devoir de faire fructifier leurs biens en vue du bien commun. La propriété privée se justifie moralement dans la création des conditions d’un développement humain pour tous. Le dessert et le café sont passés sans que nous nous en apercevions!

Vers de nouvelles fractures numériques ?

 

fractureIl y a quinze ans, les non-usagers étaient ceux qui n’avaient pas accès, par manque d’intérêt ou de moyens financiers, aux nouvelles technologies de la communication. Depuis quelques années, le nombre de « non-connectés subis » a considérablement baissé; sans doute, la pénétration rapide des smartphones a t’elle permis de combler cette fracture de foyers ne disposant pas de connexion avec un ordinateur, ainsi que les améliorations notables dans les facilités à aborder des technologies autrefois rebutantes ? Pendant ce temps, l’absence de connexion limite de plus en plus l’accès à des ressources, à des services. Elle tend à devenir un obstacle à l’intégration sociale, voire à l’emploi, parfois à un isolement des personnes âgées, bref une claire source d’inégalité pour les plus démunis de la population. La déconnexion volontaire obéit, elle, à des logiques différentes, contestataires ou centrées sur la qualité de vie. Les injonctions de recourir aux technologies numériques sont très fortes, tant au niveau professionnel que dans la société. Des irréversibilités sont sans doute déjà en train de se mettre en place. Dans un environnement « augmenté », il va devenir de plus en plus difficile de se déplacer sans l’aide des technologies nomades. Dans une ville collaborative ou intelligente, décider de se passer de ces technologies revient non seulement à se compliquer considérablement la vie, mais aussi courir le risque de se voir assimilé à un paria. C’est ainsi que l’anonymat dans ville est en train de s’évanouir. On peut imaginer que ceux qui voudront échapper à ces technologies seront, par nature, suspects. Donc, une autre fracture numérique pourrait apparaître rapidement autour de la maîtrise des outils de contrôle et de protection. Apparaîtra une « nouvelle aristocratie » qui saura assurer quand c’est nécessaire son anonymat ou sa tranquillité par l’usage d’outils sophistiqués (chiffrement, paramétrages complexes, outils d’anonymisation, réseau privé virtuel …), tandis que le reste de la population se verrait offrir celle seule alternative: ne pas utiliser ces outils et s’exclure, ou accepter d’être lus à livre ouvert. Le choix demain, ne sera t’il pas entre « programmer ou être programmé » ?

Junipero Serra, le dernier des Conquistadors

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Je viens de redécouvrir un des personnages les plus fascinants de l’histoire Américaine, Junipero Serra, moine de la fin du dix-huitième siècle. Bien sûr je le connaissais à travers les visites des « Misiones de la Sierra Gorda », au Nord de la vallée de México, et j’avais vu son buste dans la petite chapelle de la Mission de San Francisco, aujourd’hui transformée en paroisse pour les Mexicains de la ville. Dans l’hôtel « Camino Real » de México, j’avais rêvé en lisant les textes qui sont placardés dans les couloirs de cet hôtel et qui détaillent l’épopée des derniers aventuriers de la vice-royauté espagnole, pour cette dernière phase d’expansion de son histoire. Car OUI, quand Junipero quitte la Basse-Californie pour explorer ce qui s’appelait alors la Haute-Californie, il est le dernier des conquistadors dans toute la noblesse, le courage et les méthodes, que ce mot traduit. Nous sommes en 1769 ! Ce sont une poignée de soldats, quelques Franciscains dont Junipero, des mules et quelques pièces de bétails, qui partent en expédition pour aller s’établir dans des contrées à peine repérées par des bateaux qui avaient caboté dans les années précédentes le long de la côte. Il n’y a aucune différence avec Cortés ou Pizarro ! Il faut alors fonder des Missions tous les quatre jours de marche, dans des lieux dont la consonance espagnole ne surprendra donc pas : San Diégo, San Gabriel, Santa Barbara, Carmelo, Monterey, San Francisco et tant d’autres. La fondation de Los Angeles, de son nom complet : « El pueblo de nuestra Senora Reina de Los Angeles del rio Porciuncula », n’est pas non plus sans rappeler la fondation de Rome : « La charte de la fondation de Los Angeles fut signé le 26 août 1781. Le gouverneur allait y installer une dizaine de recrues provenant du Sinaloa. Le caporal dessina la grande place de Los Angeles, lui donnant trois cents pieds de long sur deux cents de large. Les lots furent tirés au sort en sa présence ; ils consistaient en un grand morceau de terre labourable et un terrain à bâtir. Chaque chef de famille reçut en outre quatre chevaux, deux bœufs, deux moutons, une mule, une charrue, une bêche, une faucille, un fusil et un grand bouclier ». Ces évènements se passaient si loin de la cour du Roi d’Espagne … mais revêtaient un caractère stratégique pour l’époque. Sans cette occupation et mise en valeur de ces territoires, ce seraient les Russes qui eussent occupé la Californie, comme la présence répétée de leurs navires aux larges des côtes le laissaient supposer à l’époque. Ils venaient repérer les lieux également depuis leurs premières installations en Alaska ! Je ne veux pas vous décrire par le menu toutes les aventures de ces moines et soldats ; cela vous lasserait et il vaudrait mieux en faire un film ! Concentrons-nous sur la formidable réussite de ce qui deviendra … une organisation humaine inédite et proprement utopique à l’échelle d’un pays: « L’Arcadie espagnole, une sorte de république  communautaire de Haute-Californie » à la prospérité inouïe. Junipero meurt en 1784. Moins de vingt ans après sa mort, de San Diégo à San Francisco et de l’océan aux déserts de l’Est, presque tous les Indiens étaient devenus Chrétiens. On eût dit une fédération monastique géante, couvrant un territoire grand comme le tiers de la France. Une Mission n’a d’autres limites que celle de sa voisine et des villages. Chacune se suffit à elle-même, avec ses ateliers de tissage et de tannage, son moulin, son pressoir, ses forges, ses abattoirs, en complète autarcie. C’était bien là une république chrétienne de type communautaire qu’avait fondée Junipero. Si dans la Sierra Gorda il avait tenté d’introduire la propriété privée, celle-ci n’exista jamais en Haute-Californie. Tant dans leur production que dans leur répartition, les richesses y étaient communes ; tous les biens matériels appartenaient à la communauté ; comme les moines, les Indiens ne possédaient rien en propre. L’histoire ne connait qu’un autre exemple d’une réalisation semblable : les Réductions des jésuites au Paraguay (1610-1768). Encore y eut-il, entre les régimes de ces deux républiques, maintes différences dont deux à l’avantage du régime établi par Junipero. La première est que les Indiens de Californie gardaient et consommaient l’intégralité des ressources qu’ils produisaient ; la deuxième est qu’ils vécurent en paix presque totale dès qu’ils furent chrétiens, au rebours des Guaranis du Paraguay, qui continuèrent à porter les armes même après leur conversion. On croit rêver en lisant les récits de ceux qui visitèrent à cette époque la Haute-Californie : Vancouver, La Pérouse, les protestants Colton et Rogers, Guadalupe Vallejo et le fonctionnaire Russe Langsdorff. « Il y a ici un tel excès de richesses, notamment en fait de bêtes à cornes et de bêtes à laine … Vous n’imaginez jamais ce qu’il existe d’orangers, d’oliviers, d’arbres fruitiers … Je n’avais jamais vu de pays sans pauvres, mais j’en ai découvert un … C’est l’âge d’or revenu … l’Arcadie espagnole ». Cette république dura jusqu’à ce que le Mexique qui, depuis 1821 était indépendant et vivait dans le chaos, la détruisit. Le général Santa-Anna décréta le 7 mai 1833, la « sécularisation des Missions de Haute-Californie ». Les sécularisateurs et leurs amis mirent douze mois à dresser les inventaires de toutes les richesses qu’ils allaient se partager. Ainsi furent détruites les Missions. Leurs richesses passèrent transitoirement aux profiteurs mexicains, les bâtiments vides restèrent à l’état, les missionnaires regagnèrent l’Europe. Quant aux Indiens ils se retirèrent pour rejoindre d’autres tribus plus à l’Est. Puis, la guerre éclata entre l’Union Américaine et le Mexique. En 1848, Santa Anna fut battu et dut souscrire aux conditions du vainqueur. Pour quinze millions de dollars, la moitié du territoire Mexicain passait sous contrôle du voisin du Nord. Quand la nouvelle de ce traité parvint au paradis, Junipero trouva sûrement qu’à raison de sept dollars le kilomètre carré, les Etats-Unis n’avaient pas payé cher ses anciennes missions. En 1927, le président Calvin Coolidge décida de réunir au Capitole de Washington, les pères et fondateurs de la nation nord-américaine. Chacun des Etats de l’Union était invité à y déléguer deux de ses héros les plus glorieux. La Californie désigna Tomas Starr King et Junipero Serra. Belle revanche posthume !

Parfois, moins loin, Aix-en-Provence …

Marc & Bertrand

En ce début d’année, je me trouve sur des destinations moins exotiques à première vue, comme au siège de la société où je travaille depuis plus de quatre ans, en cette belle ville d’Aix-en-Provence. D’ordinaire mon séjour se passe dans un mouchoir de poche, entre la gare TGV, le Parc Club du Golf et l’hôtel Royal Mirabeau, trois lieux situés à l’Ouest de la ville et pratiquement à cinq minutes l’un de l’autre, soit à pied, soit en taxi. Fidèle à ma devise de me forcer à investir mon temps au moins dix pour cent dans le relationnel, j’envoyais mes vœux à un personnage assez hors du commun, je nomme Marc Lassus, le fondateur de la société Gemplus qui a fait décoller ma carrière au cours des années quatre-vingt-dix. Il me répondit sur le champ et nous décidâmes de manger ensemble à midi, histoire de parler du bon temps, des amis et de la « Latinité », notre passion commune, autour de la musique, des danses et des sonorités des langues Espagnoles et Portugaises. Marc Lassus est venu me voir souvent en Amérique Latine, pendant mon séjour là-bas, bien plus que n’importe quel autre des manageurs de l’entreprise. Il a visité l’Argentine, le Venezuela, le Brésil, plusieurs fois le Mexique et aussi Cuba ; c’est dans ce dernier pays que nous avions clos la série de voyages qu’il aimait faire pour allier affaires et plaisirs. Maintenant, nous parlons d’éoliennes, de vibrations acoustiques et de gestion de certificats numériques, toutes ses dernières passions, depuis quelques années. Je ne peux m’empêcher de penser à l’énorme gâchis que fut la fin de Gemplus. Par pudeur et pour respect pour l’homme, je me tais.

El Camino Real

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El Camino Real ; « le Chemin Royal » comme le voudrait une mauvaise traduction en Français, qui ne serait pas non plus bien couverte par l’expression : « la Voie Royale ». Ici à México, c’est avant tout une chaine hôtelière qui est restée sous la coupe d’un groupe parapublic, en charge de promouvoir la culture Mexicaine, et avant tout celle de l’époque coloniale. J’y suis arrivé depuis quelques jours et je m’y sens mieux que dans n’importe quel autre hôtel de qualité internationale. Créé en 1968, en vue des jeux Olympiques de cette année-là, l’hôtel fut dessiné par le fameux architecte Ricardo Legorreta, combinant des vues très postmodernes avec des réminiscences de l’époque Coloniale, en particulier cette référence au « Camino Real », par le biais des Missions qui parsemaient ce chemin qui conduisait la capitale de la vice-royauté à San Francisco. Depuis l’opulence de la capitale jusqu’à cette baie de San Francisco, perdue et pauvre, la richesse des bâtiments des missions allaient en s’amenuisant, petit à petit, en montant vers les déserts du Nord. Je suis installé dans la mission « Santa Ana », car ainsi sont organisées les chambres de l’hôtel, regroupées sous des noms chargés d’histoire. Manifestement, la Mission à laquelle j’appartiens, est déjà haute dans les montagnes de la Sierra Madre et ne tenait qu’avec une poignée de descendants d’Espagnols, chargés de mettre en valeur les vastes territoires et de répandre la Foi. Les espaces du « Camino Real » sont vastes mais non inutiles comme dans les grands hôtels classiques. Ici, on sent le rustique des grandes haciendas avec la pierre et le bois qui se mélangent pour délimiter les espaces et protéger des chaleurs et des pluies. Et puis, il y a ces couleurs improbables, ces jaunes et ces rouges affirmés et entrechoqués, à la limite du hors-jeu et qui signe les lieux avec encore plus de forces. L’architectonique est belle, agressive et remplit l’âme qui revient cinq cents ans en arrière, quand les conquistadors ne se résignaient pas et construisaient l’une des plus belles cultures métisse du monde.

Un dîner au FINZ

EmiratsJe suis dans l’émirat d’Abu Dhabi, depuis quelques jours, où je participais à une conférence sur l’Identité. Ce matin, je voulais prendre une paire d’heures en début d’après-midi pour aller monter à dos de chameau dans le désert … Je ne savais pas quoi faire d’autre dans cet univers si particulier, et bien vous me croirez ou pas, j’ai renoncé de moi-même, pour cause de pluie ! Ici, en plein désert à Abu Dhabi, il pleuvait … ce qui rendait la sortie un peu triste, ne trouvez-vous pas ? Je rangeais aussi mon maillot de bain que je n’avais pas oublié, cette fois, en éliminant l’option de la piscine, et je me plongeais dans mes messages professionnels, afin de ne pas prendre trop de retard. Sur la connexion de Skype, je voyais présent mon ami Bruno Bentéo, avec qui j’aime à « clavarder » parfois. Il m’expliqua qu’il était passé à Abu Dhabi, il y a un mois à peine, et que je ne devais pas me perdre l’occasion de diner au FINZ, restaurant que j’avais justement remarqué sur la plage de mon hôtel. C’est une superstructure tout en bois, avec des ventilateurs de style quasiment colonial et un service très raffiné. Je passai m’enquérir des horaires du soir, tout en regrettant de ne pouvoir aller diner dans ce lieu, accompagné comme il se doit. Le soleil revint et je restai étonné de voir cette plage incroyable, face à des gratte-ciels et des grues immenses, construisant les bureaux et les logements de ce troisième millénaire. Cela n’a rien de paradisiaque, nous ne sommes pas dans les Caraïbes ! Mais, quelques touristes à la peau blanche ont essayé de jouer à la plage idéale, alors que l’ambiance générale est évidemment plus pesante dès qu’ils sortent de l’enceinte des hôtels. Je ne viendrais pas ici en villégiature pour rien au monde, pour cette même raison et aussi parce que je ne connais pas bien le pays et les habitants et que je ne me sens pas à l’aise comme dans d’autres pays. La raison d’être de ces émirats est simplement la plus grande tolérance, une stabilité politique et des énormes quantités d’argent issues des puits de pétrole. Je regarde tout cela en spectateur intéressé, toujours prêt à apprendre et à réfléchir sur les civilisations, les économies et les cultures. Attablé à une table extérieure, je sirote un apéritif léger et je regarde les groupes qui m’entourent, essayant de deviner les situations, les origines et les raisons de la présence de chacun d’eux, comme si je lisais un Agatha Christie et que je devais démêler les fils les liant les uns aux autres. Le service est parfait, le « ceviche » est frais et le saumon grillé avec soin. C’est rare que je prenne ainsi mon temps pour profiter d’une brise marine soufflant vers le désert. Qu’importe, c’est un moment rare ; je l’apprécie !

La parc Siqueira Campos

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Il est un parc sur l’artère la plus fameuse de Sao Paulo, la « Paulista », que je ne connaissais encore pas. Et pourtant … j’ai même habité pendant six mois, en début 2006, juste en face à l’hôtel « Blue Tree » de la rua Peixoto Gomide. Je travaillais de l’autre côté, dans les bureaux d’Oberthur et il me fallait alors traverser la « Paulista » et longer cet ilot de verdure, chaque matin. Il ne m’était jamais venu l’idée de faire un simple détour et de me plonger dans le « Parque Siqueira Campos ». Pourquoi ? Peut-être à cause des essences présentes dans ce parc, arbres et plantes aux feuilles larges et vertes foncées. Elles semblent couper tout rayon du soleil et isoler ce lieu du fourmillement de la ville qui l’entoure. La première réaction est craintive comme dans tout lieu retiré, et qui participe d’une ambiance générale urbaine connue pour sa violence. Je n’avais jamais eu non plus l’occasion de devoir reprendre mon souffle passant de la jungle urbaine à la jungle végétale. Enfin, me promenant cet après-midi de nouveau dans le centre de cette ville affolante, je fus tenté de quitter quelques minutes la trépidation pour m’enfoncer dans l’univers végétalien du Parc. Ce fut comme l’entrée dans une église Andalouse, un après-midi d’été ; de la chaleur moite et oppressante, je passais dans une pénombre calme et sombre. Quelques personnes habitaient le lieu, tombant dans deux catégories, les premiers traversant d’un bon pas le Parc comme on traverse le Parc Monceau à Paris, les seconds assis sur des bancs publics et jouissants des instants volés pour lire un livre ou méditer en toute tranquillité. Quelle merveille que ce saut dans les senteurs et dans le calme quasi absolu, où même les oiseaux semblent gazouiller tout doucement pour ne pas troubler les pensées des promeneurs. Le Parc passe même au dessus d’une rue parallèle à la « Paulista » ; mais, on n’y fait même plus attention, tant la ville est oubliée une bonne fois pour toute. Les chemins de traverse sont pavés des mêmes céramiques blanches et noires, qui tapissent les trottoirs de Sao Paulo ou de Rio de Janeiro, petites céramiques faisant des dessins de vagues plus ou moins discernables pour les promeneurs. Et puis, ces grandes feuilles charnues des arbres, ces racines tellement énormes qu’elles ne semblent plus tenir dans le sol et ressortent comme indomptables. Le silence enfin, assourdissant, lourd et compact qu’accompagne les promeneurs qui n’oseront lever la voix. Je glisse dans cet univers étrange pour une bonne demi-heure, émergeant dans la ville en face du MASP et me sentant tout étrange d’une telle expérience !

L’éruption du volcan Eyjafjijll

Cela se passe à plus de 3,000 kilomètres … et nous ne parlons plus que de cela, depuis jeudi dernier, depuis que ce volcan Islandais commença à entrer en éruption! D’abord, le nom est imprononçable pour juste faire bonne mesure et mettre tout le monde au même niveau. Un ou deux journalistes s’y est essayé à la télévision, devant des confrères ébahis. A la maison, nous sommes impactés surtout pour Michelle, l’amie Canadienne de Thérèse, qui n’a pas pu retourner dans son pays, en ce lundi. Tous les aéroports Parisiens sont fermés depuis vendredi matin et les prévisions de redémarrage sont hypothétiques, dépendant largement de l’anticyclone qui domine sur l’Europe et qui laisse stagner ce nuage de cendres qui s’étale malicieusement au dessus de nos têtes. Michelle partage notre vie quotidienne depuis un peu plus de neuf semaines et se faisait une joie de revoir sa famille en ce début de semaine ; elle doit maintenant être forte et faire face à cette situation imprévisible. Pour ma part, je ne dois pas trop me plaindre puisque j’avais pu rentrer de Barcelone, le jeudi soir, à quelques heures près ; et que je n’avais pas de déplacements prévus cette semaine. Nous verrons bien pour mes déplacements futurs, au Brésil puis à Abu Dhabi, si les vols reprennent à temps. Pendant ce temps, nous pouvons nous poser les questions qui nous viennent facilement à l’esprit: Est-ce normal d’exporter nos fraises aux quatre coins du globe, d’importer nos fleurs de Colombie et d’échanger de si grandes quantités de produits au niveau international? En ce mois d’avril 2010, la crise est bien finie en Chine qui affiche une croissance de +12% au premier trimestre 2010 et en Asie qui fabrique 52% des produits industriels de la planète. Mais, en Europe, et surtout en France, nous sommes fragilisés et comme incapables de reprendre notre course en avant … Faut-il un volcan appelé Eyjafjijll pour commencer à se poser quelques questions de bon sens?